Blog du
CFA SACEF

BLOG
Le parcours exceptionnel de Raguparan, primo-arrivant en France

Le parcours exceptionnel de Raguparan, primo-arrivant en France

S’il ne parlait pas français à son arrivée en France, Raguparan, originaire du Sri Lanka, maîtrise parfaitement la langue universelle des chiffres et de la comptabilité, ce qui lui a permis de réussir brillamment son BTS et sa licence pro au CFA SACEF. Son master presque en poche, il espère vivement être embauché chez AXA France, qui lui fait confiance depuis quatre ans.

Quel est votre parcours universitaire ?

J’ai un parcours assez particulier. Je viens du Sri Lanka, je suis arrivé en France avec ma famille en 2010. J’avais 18 ans, je ne parlais pas du tout le français, je parlais seulement le tamoul et l’anglais. Au Sri Lanka, j’avais fait un Bac pro comptabilité, mais je ne pouvais pas avoir une équivalence exacte dans le système d’éducation français. J’ai donc dû prendre des cours. Je me suis inscrit à la mission locale de la commune de Stains, où ils m’ont trouvé des formations professionnelles pour valider mon projet et pour apprendre le français. J’ai passé mon Bac pro Comptabilité au Greta de Chelles, en formation continue, en candidat libre. Après cela, j’ai postulé au BTS CGO – Comptabilité et gestion des organisations (BTS Comptabilité et Gestion actuellement) – du CFA SACEF, j’ai déposé mon dossier et Roger Havard, mon conseiller professionnel, m’a appelé pour venir passer l’entretien. J’ai été retenu pour démarrer mon parcours en alternance. Ensuite, j’ai fait la licence pro Révision comptable à l’université de Cergy-Pontoise, toujours au CFA SACEF et en apprentissage. Après la licence, je me suis donc dirigé vers une école de commerce. Actuellement, je suis en M2 Comptabilité, Conseil, Audit à la PSB Paris School of Business, en apprentissage.

Malgré le fait que vous ne parliez pas français au départ, vous avez réussi à vous intégrer dans le monde universitaire et professionnel…

Depuis petit, mes domaines de prédilection sont la finance et la comptabilité. Avantage pour moi, car même si on parle des langues différentes d’un pays à l’autre, les chiffres sont les mêmes partout, 1 c’est 1, 2 c’est 2, débit c’est débit, crédit c’est crédit : ça fonctionne dans tous les pays de la même manière ! Les chiffres, c’est une langue internationale, il n’y a pas de grammaire (rires) et si on maîtrise bien les règles de comptabilité d’un pays, on peut vivre et se faire comprendre dans tous les pays, même en Chine ou au Japon.

Vous êtes donc apprenti depuis le début de vos études supérieures, pourquoi ce choix ?

Quand on entre dans le monde du travail, on fait attention aux expériences professionnelles, même si on a un bon dossier. De plus, j’arrive d’un autre pays, où la culture et le mode de travail sont très différents. J’ai donc décidé de suivre la formation en alternance pour avoir de l’expérience et en même temps un diplôme à la fin du cursus, c’est un avantage par rapport à la formation initiale.

Dans quelles entreprises avez-vous fait vos apprentissages ?

Je suis chez AXA France, à la Direction Financière au service trésorerie, depuis le BTS.

Comment avez-vous trouvé votre employeur ?

C’était une candidature spontanée, envoyée par courrier. J’ai rédigé une lettre de motivation et mon CV, j’ai pris le listing des entreprises situées à Paris, j’ai envoyé des courriers, puis j’ai fait beaucoup de relances par e-mail et j’ai eu trois propositions. J’ai comparé les trois postes et j’ai opté pour AXA France. Le poste qu’ils proposaient me plaisait beaucoup, car il y avait plusieurs tâches, de la comptabilité, mais aussi du développement international, car AXA travaille aussi à l’international, en Inde. Et pour cela ils cherchaient quelqu’un qui parle l’anglais aussi.

C’est donc votre cinquième année d’apprentissage chez AXA…

Oui. Après le BTS, ils m’ont proposé de rester dans le service pour la licence, puis pour le master. Un apprenti ne peut pas rester sur un même poste, car le poste doit évoluer en fonction du niveau d’études. Mon manager a donc créé un poste pour moi. En BTS, j’étais Technicien Comptable, en licence Chargé d’Études Comptables. Actuellement, je suis toujours Chargé d’Études Comptables, mais avec un niveau de responsabilité supérieur. À chaque niveau d'études, je suis monté en responsabilité.

De quelles missions êtes-vous chargé chez AXA ?

Je travaille au service trésorerie. L’activité principale du service consiste à garantir la partie bancaire et comptable de tous les comptes d’encaissements et de décaissements ouverts au sein des établissements bancaires du périmètre AXA France. Chaque collaborateur a des tâches précises et distinctes à réaliser. Il analyse quotidiennement les écritures bancaires et comptables de chaque compte sous sa responsabilité et met en œuvre les différentes actions à mener ; pour ce faire, on a un outil de rapprochement bancaire nommé LINKKI. Je travaille aussi sur de nombreux projets. Par exemple, comment améliorer et automatiser les activités comptables, pour éviter de saisir les écritures manuellement tous les jours. Sinon, comme je le disais tout à l’heure, AXA travaille en Inde aussi, avec la filiale internationale AXA Business Services. Des professionnels indiens travaillent pour nous, et on leur donne des instructions pour qu’ils puissent travailler. Plus de 30 % de l’activité se fait actuellement en Inde. Je suis ce projet depuis le tout début, j’en connais tout le développement.

Que faisiez-vous en tant que Technicien Comptable pendant le BTS ?

Je faisais toujours du rapprochement bancaire, mais je ne suivais pas d’autres projets. Et dans le projet avec l’Inde, je faisais juste le traducteur entre mon manager et l’équipe. Je faisais les mêmes tâches, mais avec moins de responsabilités.

Comment se traduit cette prise de responsabilité dans votre travail ?

Ma manager ne m’a pas considéré comme un employé en alternance. Le premier jour, elle m’a dit que j’étais là pour apprendre, le deuxième jour elle m’a donné la responsabilité d’un périmètre de comptes. Même si j’ai fait de petites erreurs – j’ai fait quelques grosses erreurs aussi –, elle ne s’est jamais énervée, elle est venue m’expliquer comment les corriger. C’est comme ça que j’ai appris. Avant, je faisais valider ce qu’il fallait faire précisément pour chaque tâche, maintenant elle m’a donné la responsabilité de prendre la décision, mais elle est là pour corriger la décision, éventuellement. On me considère comme un salarié en CDI et non pas comme un alternant. Par exemple, j’ai un ordinateur portable, s’il y a un problème de transport, de météo ou encore si j’ai un souci personnel, je peux travailler de chez moi. Pendant les examens, elle m’a accordé deux semaines de congé pour réviser.

Ma manager ne m’a pas considéré comme un employé en alternance. Le premier jour, elle m’a dit que j’étais là pour apprendre, le deuxième jour elle m’a donné la responsabilité d’un périmètre de comptes."

Je pense que c’est important que l’entreprise ne mette pas trop la pression à l’apprenti au travail. Moi je n’ai jamais eu de pression au travail et ça fait un bon équilibre avec les cours : quand je suis à l’école, je pense aux cours, quand je suis en entreprise, je fais mon travail et je ne fais que ça ; je ne mélange pas les deux, grâce à l’entreprise.

J’assiste aux réunions avec mon manager, je prends sa place parfois. Il y a des réunions hebdomadaires et mensuelles entre AXA France et AXA Inde, des fois j’anime entièrement les réunions. Je les écoute et j’essaie de répondre aux interrogations. Si ça dépasse mes capacités, je fais appel à mon manager.

J’ai la chance d’avoir fait beaucoup de choses. En licence pro Révision comptable, j’étais obligé de voir comment on faisait le bilan et le compte de résultat d’AXA. Mon manager a eu l’accord de la DRH pour me faire faire un stage avec l’équipe de la comptabilité générale, qui m’a expliqué comment fonctionnent la construction des bilans et la consolidation des comptes de résultats.

Vous disiez ne pas mélanger cours et travail en entreprise. Y a-t-il quand même une complémentarité entre ces deux dimensions ?

On ne retrouve pas forcément ce qu’on a appris à l’école en entreprise. Par exemple, j’ai appris les normes et les règles de la comptabilité à l’école, comment passer des écritures comptables ou comment utiliser le plan comptable, en même temps j’effectue d’autres tâches en entreprise, ce qui me permet d’élargir mes connaissances. Ce qui compte dans le monde du travail actuellement, ce sont les diplômes, les connaissances théoriques, les expériences et la connaissance des outils. En comptabilité, on utilise les logiciels Ciel Compta® et Sage® pour les petits cabinets, SAP® dans les gros cabinets. Chez AXA, on utilise SAP®, donc c’est une valeur ajoutée dans mon CV, car c’est un logiciel utilisé dans les gros groupes comme AXA. Cela, je n’aurais pas pu l’apprendre à l’école. Mais, vice-versa, je maîtrise parfaitement Ciel Compta® grâce à l’école, alors que je ne l’utilise pas en entreprise.

Disons que ça se complète, tout ce que je n’ai pas vu en entreprise, je peux le voir à l’école, et tout ce que je n’ai pas vu à l’école, je peux le voir en entreprise. Ça équilibre les connaissances.

Quel est votre rythme d’alternance et qu’en pensez-vous ?

En moyenne, c’est 3 jours en entreprise et 2 jours à l’école. Je trouve que c’est un très bon rythme, car avec le rythme une semaine en entreprise, une semaine à l’école, on déconnecte complètement et on oublie ce qu’on a fait dans l’un ou dans l’autre. Alors qu’en passant une moitié de la semaine en entreprise et l’autre moitié à l’école, tout reste frais dans la tête.

Quelles sont vos impressions du monde de l’entreprise suite à cette longue expérience professionnelle ?

Je n’avais jamais travaillé avant AXA. C’est ma toute première entreprise. Au début, j’avais du mal à y croire, je me demandais si c’était vrai. AXA est le n° 1 mondial dans l’assurance, je ne pensais pas qu’un jour je pourrais travailler dans une si belle et grande entreprise comme première expérience professionnelle. Mes collègues m’ont aidé à faire les premiers pas, parfois j’avais du mal à trouver mes mots en français, mais on m’a toujours aidé. AXA, c’est formidable, c’est l’idéal pour les jeunes. Ça correspondait à ce que je cherchais. Ils ne m’ont pas embauché pour faire des photocopies ou des petites tâches, ils se sont vraiment investis dans ma formation, même s’ils n’étaient pas sûrs que j’allais rester chez eux. Pendant mon BTS, on m’a même proposé de partir en Inde pour voir comment se passe le traitement des activités offshorées, mais malheureusement j’avais des examens et je n’ai pas pu y aller. Je travaille aussi avec d’autres services, je connais tout le monde, ils savent que je suis apprenti et ils prennent le temps de répondre à mes questions et de m’expliquer les choses, même les responsables du service.

Ils [Axa France] ne m’ont pas embauché pour faire des photocopies ou des petites tâches, ils se sont vraiment investis dans ma formation, même s’ils n’étaient pas sûrs que j’allais rester chez eux."

AXA a investi dans votre formation et vous entamez votre cinquième année d’alternance. Pensez-vous que cette bonne entente et cette confiance vont se poursuivre au-delà de votre apprentissage ?

Oui, j’aimerais beaucoup rester chez AXA. J’ai déjà commencé à parler avec mon manager des possibilités après mon apprentissage. AXA est mon premier choix, car ils ont beaucoup investi sur moi, et maintenant je connais bien l’entreprise et toutes les activités de mon service.

Que pensez-vous de l’accompagnement du CFA et en particulier de votre conseiller professionnel ?

Comme chez AXA, tout s’est très bien passé. Mon contact au CFA a été Roger Havard, qui a été mon conseiller professionnel. Je l’ai rencontré pour la première fois pour l’entretien avant d’être pris dans le BTS CGO. Je n’étais pas sûr de réussir parce que j’avais des difficultés en français, mais il m’a rassuré, il m’a motivé à continuer. Il a toujours été très réactif, tout s’est toujours très bien passé entre l’entreprise, le CFA et moi. Roger Havard avait une bonne relation avec mon manager, il lui envoyait les bulletins de notes et il se chargeait de mon suivi en entreprise, il s’assurait que tout se passait bien pour moi, que le poste et les missions correspondaient à mes attentes. Au niveau de la pédagogie, j’ai eu de très bons enseignants. J’ai eu beaucoup de difficultés en français au début, j’ai eu 2 ou 3 au premier contrôle de français, j’ai eu envie de pleurer, car je pensais que j’allais rater le BTS, mais j’ai parlé avec la directrice du CFA et on m’a accordé un soutien après les cours pour apprendre le français. On était plusieurs à bénéficier de cette aide.

La directrice du CFA m’a accordé un soutien après les cours pour apprendre le français. On était plusieurs à bénéficier de cette aide."

Et au niveau de l’entreprise, comment se sont passées les relations avec votre maître d’apprentissage ?

Mon maître d’apprentissage est et a toujours été mon manager, Mme Laurence Grandjon. On fait des points régulièrement, au moins une fois par mois. Elle me demande souvent si mon poste me convient, si je veux voir d’autres choses, ce que j’ai fait en cours, comment elle peut améliorer mes points faibles.

Sinon, elle fait comme ma mère (!), elle regarde mes bulletins de notes. À un moment, elle a considéré que j’avais des difficultés en français et elle m’a conseillé de mobiliser les heures de mon CPF [compte personnel de formation], que j’avais cotisé en travaillant, pour suivre une formation en orthographe. J’ai fait donc une formation de trois jours.

Dans mon parcours, depuis le début, j’ai vraiment rencontré de très belles personnes. J’ai compris qu’en France, si on est motivé, on a beaucoup de possibilités d’évolution. Au début, je pensais que j’allais travailler dans la restauration, que j’allais faire la plonge, mais c’était faux, aujourd’hui je travaille dans l’un des meilleurs groupes au monde !

Avez-vous d’autres projets pour l’avenir ?

Je souhaiterais signer mon CDI chez AXA et obtenir le DSCG, le Diplôme Supérieur de Comptabilité et de Gestion, qui permet de devenir expert-comptable et commissaire aux comptes. Avec mon master, je peux avoir toutes les équivalences du DCG, le Diplôme de Comptabilité et de Gestion, et de 4 modules sur 7 pour le DSCG. Il me manque donc 3 modules à valider, que je peux passer en candidat libre, car ce sont des examens d’État. Avec ce diplôme en plus, je pourrai avoir une qualification supérieure en entreprise et une valeur ajoutée sur mon CV.

La question vidéo à Raguparan : comment l'alternance vous prépare-t-elle à intégrer le monde professionnel ?

Propos recueillis par Angela Pinzone, septembre 2018.

Partagez l'article : TwitterFacebookGoogle+

Découvrez aussi

Photo

Rencontre avec Dylan, apprenti poissonnier

Après une première année en CAP électricité et quelques stages, Dylan, 22 ans, a décidé de changer radicalement d’orientation en s’inscrivant avec son frère de trois ans son ainé à la...

Photo

Concilier études, alternance et maternité : la parole à Ana-Claudia

Après un DUT en informatique et une année de césure pour maternité, Ana-Claudia était déterminée à continuer ses études. Aujourd’hui étudiante à l’école d’ingénieur EFREI, apprentie chez...

0 commentaires

Ajouter un commentaire

Articles récents

S’il ne parlait pas français à son arrivée en France, Raguparan,...

Après une première année en CAP électricité et quelques stages, Dylan,...

A partir de la rentrée 2018, tous les étudiants et apprentis de...

Cette année, trois des quatre apprentis en situation de handicap et...

Les résultats de la promotion 2018 viennent d'être publiés. BTS...